SAISON d AUTOMNE

22/10/2010 22:48 par cristalinette13

La saison d'automne
Saison des amours mortes
La feuille vole au vent
Comme les rêves vont au néant
D'ocre et d'or recouverts
A travers le souffle du temps
Le bonheur de tous les étés
Fauché par les riches moissons
Qui laissent la terre en jachère
Qui laissent la mémoire amère
Au gré du souffle du vent
S'envolent comme les feuilles mortes
Les jours heureux du passé
Dans les méandres du souvenir
Aussi tortueux que le tronc d'un vieil arbre
Ton image dans mon coeur s'enracine
Tantôt radieuse comme un soleil d'été
Gaie comme un arc-en-ciel de Provence
Mais aussi parfois
Triste comme un ciel sans horizon
Morne comme une nuit sans étoile
Changeante tout comme le sont les saisons
Tu es tantôt le jour tantôt la nuit
Dans le reflet de mes souvenirs
Que me renvoient mes yeux clos
Quand souvent le soir
Quand souffle le vent froid d'automne
Mon esprit s'évade à ta recherche ...

à Serge et Daniela

22/10/2010 21:59 par cristalinette13

  • à Serge et Daniela

    à Serge et Daniela

    22/10/2010 21:59 par cristalinette13

Bonnes vacances à vous deux les "novis" ! Je vous embrasse

AUTOMNE by TVG08

22/10/2010 10:56 par cristalinette13

  • AUTOMNE    by   TVG08

    AUTOMNE by TVG08

    22/10/2010 10:56 par cristalinette13

Primo lecteur !

20/10/2010 22:15 par cristalinette13

  • Primo lecteur !

    Primo lecteur !

    20/10/2010 22:15 par cristalinette13

Voilà que Chouchouxxx a pris l'habitude de lire mes écrits avant que je ne mette en ligne !  Tit clin d'oeil à Pégase !

Bizouxx de bonne nuit à vous qui passez :)

RONDE DE NUIT

20/10/2010 13:21 par cristalinette13

Dans l'obscurité de la nuit
Bien au creux de mon lit
J'écoute le bruit du silence
Depuis un temps indéfini
Mon esprit vagabonde
S'égare sur une senteur
Rebondit sur une effluve
Contourne une arabesque
Et s'en revient docile
Au bord de mes rêveries
Et de mes yeux mi-clos
La nuit est troublante
Profonde et si vaste
Pas un rayon de lune
Juste un noir de velours
Ouaté et envoûtant
Aux frontière de l'inconnu
Soudain …
Soudain une sensation
Comme une présence
Un frôlement régulier
Une présence
Mon coeur s'emballe
Ma main suit et allume
La lampe de chevet
Un halo de lumière
Eclaire alors le plafond
Et là, je les vois !
Je les vois
Qui dansent, silencieuses
Elles se tiennent par un bout
De leurs ailes déployées
A peine si elles se touchent
Silencieuses et graves
Elles dansent une ronde
La tête à l'envers
Mais sans rien voir
Mais sans rien entendre
Et le halo de lumière
Semble le centre de gravité
De leur belle danse
Silencieuse et grave
Dans un moment magique
Un moment suspendu
Dans le temps
Un moment suspendu
Dans la nuit
Puis l'une de décroche
Dans un mouvement lent
S'élance vers la fenêtre
A travers le vent qui respire
Et les autres la suivent
Dans le même mouvement gracieux
La ronde a déroulé son cercle
Et s'est élancée à tire d'ailes
Vers  l'horizon si noir
Des nuits sans lune
Et moi je reste là
Dans le silence de la nuit
Dans la ronde immobile
Du halo de lumière
Ou toujours et encore
Resplendit ton sourire ...

MON FAN N° 1

19/10/2010 09:48 par cristalinette13

  • MON   FAN   N° 1

    MON FAN N° 1

    19/10/2010 09:48 par cristalinette13

Chouchoux ne me lâche pas  ! A croire qu'il sait lire mon chat °°°

CHOUCHOUX

19/10/2010 09:45 par cristalinette13

  • CHOUCHOUX

    CHOUCHOUX

    19/10/2010 09:45 par cristalinette13

YAYA ... suite et fin !

13/10/2010 16:48 par cristalinette13

  • YAYA   ...  suite et fin !

    YAYA ... suite et fin !

    13/10/2010 16:48 par cristalinette13

 (... à ma chère fleur de lotus, sur une créa de coeur-de-margot )

Yaya aimait l'école … A huit ans, elle découvrait de plus en plus cet univers merveilleux ou tant d'enfants jouaient; certes ils jouaient entre eux ces enfants, rares étaient ceux qui l'approchaient, à elle la « noire » ! Yaya était une petite fille légèrement métissée, avec de grands yeux clairs en amande, des fossettes qui creusaient ses joues rondes et une longue chevelure châtain séparée en couettes tenues solidement par de élastiques, eux-mêmes cachés par des rubans roses. Chaque matin sa maman peinait pour la coiffer, les cheveux de Yaya frisait joyeusement et ne se disciplinaient qu'après un long et méthodique brossage ! Dans la cour de l'école, Yaya se promenait seule, elle allait de groupes en groupes, regardait les rondes qui parlaient d'un fermier au fromage battu, de souris vertes trempées dans l'huile; elle aimait aussi beaucoup le jeu de la marelle, auquel elle jouait seule parfois, avec une craie et un petit caillou; oui, Yaya aimait l'école et en cette rentrée de cours moyen première année, elle était avide d'apprendre, de découvrir, de retenir ...L' école était composée de deux corps de bâtiments bas, sans étage et parallèles l'un à l'autre, et divisés en classes allant du cours préparatoire au cours moyen deuxième année ou classe de fin d'étude pour les élèves non studieux. Chaque classe avait son intitulé affiché sur sa porte d'entrée au biais d'une pancarte de métal, l'accés aux classes se faisait directement depuis la cour; et chacune de ces classes était bordée d'une bande de terre meule ou parfois des enseignants faisaient pousser des fleurs, c'était des pensées ou bien des primevères ou encore des géraniums … Le reste de la cour était recouvert d'un goudron aussi sec que gris et dur, avec au centre quelques vieux platanes au tronc tortueux et torturés de graffitis taillés à même sa chair !

Les filles portaient un tablier rose, souvent à carreaux roses et blancs, mode dite « vichy » et les garçons arboraient un tablier bleu et ce bleu allait du pastel au marine quand il ne virait pas au gris perle. Yaya était souvent intriguée par le teint si blanc de certaines petites filles et par leur blondeur aussi, intriguée, et étonnée mais elle les regardait avec ravissement et souriait sans s'en rendre compte, ce qui souvent lui avait valu en retour des grimaces des dites blondinettes toute langue dehors et yeux exorbités pour bien appuyer la grimace ! Yaya éclatait alors de rire, simplement parce-que çà la faisait rire ces visages d'anges devenus subitement grimaces primaires ! Une grimace, une vraie, çà se travaille, çà s'élabore, mais bon, ceci est encore une autre histoire...

Yaya avait repéré la porte de la classe affichant CM1, comme l'avait recommandé ses parents et elle se tenait à proximité lorsque la directrice donna un premier coup de sifflet signifiant le rassemblement des troupes et la maîtresse de chaque classe le sien à tour de rôle; alors les élèves se mettaient en rang, deux par deux, souvent main dans la main, et Yaya tout naturellement se retrouvait en fin de rang et seule, ce qui ne la fâchait ni ne la gênait, car elle en avait pris l'habitude l'année scolaire précédente et cela ne l'avait pas empêchée de terminer parmi les trois premières de la classe : joli résultat pour une gamine arrivée de son Maroc natal quatre ans auparavant et ne parlant pas un mot de français, très joli résultat, que Yaya devait à la scolarisation certes, mais aussi aux cours que son papa lui distillait le soir quand il rentrait de son travail... Merveilleux et magnifique papa.

Le coup de sifflet de la maîtresse rassembla donc les élèves de sa classe, puis elle ouvrit la porte derrière elle et tapa dans ses mains, deux claps bien secs et autoritaires, « avancez, entrez et restez debout au fond de la classe » dit-elle alors d'une voix forte légèrement nasillarde et rauque : telle était la première approche que Yaya eut de madame Gérard, une dame aux cheveux gris, coiffés en arrière, une dame au regard gris, aux vêtements gris et à l'âme sans doute aussi grise, vu le singulier rictus qui déformait sa bouche sous son nez aquilin et son regard perçant et inquisiteur de chauve-souris... Immédiatement, Yaha ressentit comme un malaise, une inquiétude, diffuse et sournoise qui devint angoisse aux premier mots que la « maîtresse » lui adressa ...

Chaque élève se tenait droite au fond de la classe et à l'appel de son nom, chacune allait s'asseoir à la place indiquée par la « maîtresse », sur un banc de bois et un pupitre double, il y avait quatre rangées de bureaux à deux places dans la classe. Chaque élève fût conviée à s'installer là ou madame Gérard l'indiquait et toutes furent placées, toutes sauf Yaya, qui restait debout au fond de la classe, les mains derrière le dos et son cartable posé à ses pieds, Yaya attendait : « se peut'il que cette dame ne me voit pas ? N'y a t'il plus de place pour moi ? Me serais-je trompée de classe? » 

Autant de questions sans réponses s'entrechoquaient dans la tête de Yaha, qui hésitait entre se manifester et rester silencieuse, et son bon sens et sa logique lui conseillèrent de rester silencieuse et d'attendre, en effet, comment cette dame grise qui la regardait furtivement à la dérobée ne l'aurait-elle pas vue ? Ces petits regards perçants semblaient des flèches décochées, des éraflures, on aurait dit des tests, de jauges, des approches telles celles des hyènes quand elles ne sont pas sûres de la vulnérabilité de leur proie … Yaya avait pour elle son regard expressif, clair et vif, elle ne baissait les yeux que par respect, et elle appris qu'il fallait toujours respecter un adulte quand on était un enfant. Les minutes passaient, interminables et Yaha restait debout, silencieuse mais tous sens en éveil, elle commençait à avoir chaud, et elle sentait monter le long de son dos une vague révolte incrédule, qui peu à peu devenait colère plus que peur. « Mais que veut cette dame grise, que fait-elle, pourquoi ces regards aigus, pourquoi me laisser là ? »

Petit à petit les élèves se retournaient pour me regarder, certaines goguenardes, d'autres semblaient désolée, voir compatissantes mais toutes étaient au moins aussi intriguées que moi! Clap, clap : deux claquements secs dans les mains et plus une tête ne me regardait!

La dame grise serpenta entre une rangée de pupitres, s'approcha de moi, et sans me regarder mais en me désignant du bout d'un double décimètre en fer posa cette question :

«  qui es-tu, toi, et comment t'appelle t-on la frisette ? «  Yaya posa son regard sur cette dame agée et petite mais imposante et ne répondit pas de suite, puisqu'elle ne la regardait pas!

« vas-tu répondre, ou bien n'as tu pas de langue ? »

Oh, se dit Yaha, sûrement que je ne suis pas dans la liste d'appel de la maîtresse, ce sera donc pour çà qu'elle l'aurait oubliée! Mais oui, voilà l'explication! Alors, un sourire éclatant de soulagement sur le visage, Yaya s'écria soudain :

«  je m'appelle Yaya Larkel maîtresse ! « 

« Larkel ? « 

« Oui, Larkel, Yaya Larkel ... »

« Larkel, va t'asseoir, là-bas, sur le deuxième banc, tu ne penses pas rester au fond de la classe ! Il va falloir que je garde un oeil vigilant sur toi! »

Curieusement, le deuxième pupitre de la rangée à gauche, celle prés des fenêtres était resté inoccupé, Yaya n'aurait donc pas de voisine de pupitre ! Yaya s'installa, à demi rassurée et entrepris de sortir ses affaires de son cartable.

La dame grise se dirigea vers son bureau, posé sur une large estrade et qui lui permettait une large vue d'ensemble sur toute la classe; il y avait un large tableau noir, un porte craie et juste en dessous un seau d'eau claire et une grosse éponge qui séchait à côté.

« Sortez vos ardoises et éponges, une craie, je veux que vous écriviez vos réponses sur l'ardoise aussitôt ma question posée! Auparavant, les élèves qui le désirent peuvent tremper leur éponge dans le seau d'eau »

Yaya se leva car comme les autres élèves la boite contenant l'éponge de l'ardoise était aussi séche que neuve ! Elle se levait quand elle entendit son nom claquer dans la salle!

« Larkel, reste à ta place! Tu attendras la permission pour te lever! Assieds-toi et ne t'avise plus de te lever! »

Yaya se tétanisa sur place, puis lentement se rassoie, un peu surprise mais docile, elle ne comprenait pas … Il y a bien assez d'eau dans le seau pour toute l'école si nécessaire!

Peu importe, elle avait hâte de participer aux exercices de calcul et de poser ses réponses sur son ardoise neuve...

De temps en temps, une élève se levait discrètement et allait tremper son éponge dans le seau, et chaque élève avait son ardoise bien noire avec ses réponses bien lisibles , chaque élève sauf Yaha dont l'ardoise restait grise et devenait de plus en plus claire sous l'effet de la craie et de l'éponge désespérément séche!

« Comment vais-je faire? » se demanda Yaya « la dame grise ne me regarde pas tout le temps, je sais! Je vais cracher sur mon ardoise et là je pourrais l 'essuyer! Voilà, oui, je vais cracher dessus, personne ne me verra ! »

Aussitôt pensé, aussitôt fait, Yaya cracha de tout son coeur sur son ardoise et se mit à la frotter avec l'éponge, ravie, mais ravie … Quand tout à coup

«  CLAP, CLAP!!! »

« Oh! Ohhh...   se dit Yaya stopée net dans son mouvement; elle leva alors les yeux et croisa le regard pointu de la maîtresse qui jubilait dans un rictus de satisfaction imbécile :

« La Rakel, la Rakel, qu'as-tu fais grosse sale ? Que viens-tu de faire ? Viens ici imméditement, sur l'estrade, et dis à tes camarades ce que tu as fais ! Allons dépêche-toi, sur l'estrade! » 

Yaya se leva lentement mais avec assurance et monta sur l'estrade, face à la classe comme le demandait la dame grise, plus grise que jamais à présent avec son visage disgracieux fermé et renfrogné, ses sourcils froncés et ses minces lèvres serrées sous le duvet qui ombrait le bas de son nez...

« A présent, dis à tes camarades ce que tu as fais, allons, dis-le! »

Yaha reste silencieuse, penaude

«  Ah! Mais tu ne veux rien dire la Larkel ! »

Madame Gérard se leva et s'adressa aux fillettes de la classe :

« Voyons voir : devinez ce qu'elle a fait, devinez ! Mais bien sûr vous ne trouverez pas, vous êtes bien élevées, vous mes petites! »

Yaya qui se trouvait à présent derrière la maîtresse osa lever les yeux pour regarder les élèves et leur minois qui allait de curieux à effaré, et son regard s'arrêta sur une fillette, la jolie aux cheveux coiffés en boucles-tire-bouchon à l'anglaise, impeccables; sauf que celle-ci se crottait soigneusement le nez l'index enfoncé jusqu'à l'orbite! Malgré la situation assez délicate Yaya eut envie d'éclater de rire mais su se contenir...

«  Vas-tu parler? »

« Oui. J'ai craché sur mon ardoise pour pouvoir l'essuyer » dit alors Yaya d'une voix à peine audible;

« Plus fort, que toutes puissent entendre! Répète! »

« J'ai craché sur mon ardoise, j'ai craché sur mon ardoise!!! »

« Bahhh, ohhh, ahhh... » Une série d'exclamations ponctua les mots de Yaya, qui au fond n'en avait cure, bien que se sentant blessée et la cible d'injustice. Elle laissa son esprit vagabonder hors de ces lieux, et n'entendit dés lors qu'un vague brouara , puis la voix cinglante de la maîtresse la ramena à la réalité.

« Petite effrontée! Retourne à ta place et copie dix lignes, dix fois « je ne dois pas cracher en classe! »

Yaya va s'asseoir et commence à rédiger sa punition, son écriture est régulière, elle aime écrire surtout avec le porte plume qu'elle trempe dans l'encrier soigneusement.

Pendant ce temps, les autres élèves suivent les cours, certaines la regardant de temps à autre comme si elle était une bête curieuse! Elle terminait la derrière ligne, lorsque subitement une main s'abattit sur son cahier et le saisissant, arracha la page, qui transformée en boule de papier vola en direction de l'estrade.

« Larkel, çà suffit à présent! Ouvre ton cahier et fais les exercices qui sont au tableau ».

Une fois les exercices terminés, au fur et à mesure, les élèves allaient au bureau de la maîtresse qui apposait des notes ou bien tamponnait des frises pour les plus méritantes. Quand à son tour Yaya s'approcha, la dame grise pris le cahier, le tourna dans ses mains, puis l'envoya valser à travers la classe, sans même y avoir posé un regard :

« Je ne veux pas de cahier sale dans ma classe! Je ne corrige pas des pages tâchées! » 

Yaya restait là, pantoise, ne sachant pas si elle devait aller ramasser son cahier; et curieusement la dame grise ne semblait plus se préoccuper d'elle, comme si d'un coup elle n'existait pas et ce faisant elle semblait même occulter son vilain geste envers la gamine qu'elle était... Ainsi passèrent les jours, qui devinrent d'interminables semaines où chaque jour la dame grise s'ingéniait à trouver de nouvelles brimades à infliger à Yaya; ses camarades de classe la fuyaient, personne pour jouer avec elle ou simplement lui parler, et en dehors de l'école c'était la même chose : aucune ne voulait que Yaya joue avec elle ou leur groupe. 

Yaya suivait donc ses frères et jouait aux billes, les garçons sont beaucoup moins bêtes que les filles et ce sont de bons copains, sauf parfois quand on les gagne souvent à ces fameux jeux de billes !

Yaya qui était une fillette gaie et souriante devint assez taciturne, se renfermait sur elle-même, la nuit, elle faisait souvent des cauchemars qui réveillaient la maisonnée, puis elle refusa de dormir dans le noir il fallut lui installer une petite veilleuse que parfois sa maman venait éteindre au milieu de la nuit quand enfin elle s'endormait pour une nuit trop courte et trop longue à la fois.

Yaya habitait le premier étage d'un immeuble situé juste en face de l'école, du portail de l'école elle pouvait voir les fenêtres de l'appartement douillet qu'elle occupait avec sa famille, aussi pendant la récréation, elle allait se mettre contre les barreaux grillagés du grand portail et regardait vers chez elle, silencieuse et tristement résignée. Curieusement, il n'était pas venu à l'idée de Yaya de se plaindre auprès de ses parents, elle se disait que la dame grise allait sûrement se lasser et que tout rentrerait dans l'ordre si elle faisait le dos rond; mais hélas, ce fût le contraire qui se produisait, chaque jour semblait pire que le précédent; ainsi quand la dame grise décida de la priver de récréation et donc de toilettes, comment oublier cette terrible fin d'après midi où n'y tenant Yaya sortit en trombe de la classe et fit pipi sous le préau impossible d'attendre d'arriver jusqu'aux toilettes, ce fût affreux et elle devient « la pisseuse », en plus de « la cracheuse »,« la noire », « la sale »... Comment oublier l'humiliation de ce bonnet d'âne confectionné par Dieu seul sait quel esprit fourbe et qu'elle dû porter si souvent; comment oublier ces coups secs sur le bout de ses doigts retournés et présentés à la règle métallique de la maîtresse si haineuse... Yaya se fichait du bonnet d'âne tant elle prit l'habitude d'en être coiffée, alors madame Gérard trouva mieux :

« La Larkel, viens par ici ! Mais!! mais c'est que la drôlesse a abîmé le bonnet! Il est tout froissé! C'est pas possible! La Larkel hurla -t-elle, puisque tu as abîmé le matériel, tu vas le remplacer le temps que je répare, ôte donc ta culotte et coiffe-t'en ! »

Yaya ouvrit de grands yeux aussi ébahis qu'éffarés, elle regarda de ses yeux incrédules la dame grise et se dit que ce devait être la nuit, qu'elle devait rêver, qu'elle allait se réveiller...

« Alors tu vas obéir dis! » Et voilà la mégère qui saisit Yaya par une couette pour la enième fois et tire dessus à la secouer tout entière... Yaya cru tomber dans un trou noir, tout se brouillait devant elle, jamais elle n'obéirait, jamais, jamais! Elle se leva, couru au fond de la classe dans un angle ou elle se laissa tomber à même le sol recouvert de lattes de bois, genoux serrés autour d'elle ses bras bien autour et recroquevillée : ainsi, personne ne pourrait lui ôter sa culotte! Yaya senti des larmes de peur et de colère mélangées couler sur ses joues, elle avait si peur qu'elle ne pouvait émettre le moindre son, et son corps se soulevait sous ses sanglots silencieux et désespérés.

Madame Gérard eût un léger mouvement de surprise, fit un pas en direction du fond de la classe et se ravisa :

« Ahhh ! tu as trouvé ta place la Larckel, restes-y et que je ne t'entende pas surtout! »

Yaya pleurait de désespoir, simplement, et la madame Gérard prenait un malin plaisir à la faire sursauter quand elle posait des questions aux élèves et qu'elle ajoutait dans ses phrases le mot « laquelle » en criant : çà l'amusait de voir Yaya sursauter chaque fois ne sachant pas ne sachant plus si l'affreuse dame grise disait « Larkel » ou « laquelle » ! Un calvaire...

Yaya resta ainsi jusqu'à la fin de la classe, puis quand la cloche tinta elle se leva lentement, avança avec précaution vers son pupitre, pris son cartable tel que et s'enfuit aussitôt vers la porte.

Arrivée à la maison, elle s'arrangea pour s'isoler aux toilettes, le temps de se remettre d'un mal de ventre mentit-elle à sa douce et bien-aimée maman, qui donnait le biberon à son petit frère.

La maman de Yaya avait fort à faire entre la tenue de la maison et les soins à chacun de ses enfants dont le dernier né qui n'avait que quelques mois...

Après s'être calmée, et dans la sécurité du giron familial, Yaya entreprit de regarder dans son cartable, il y avait son livre de français, et à l'intérieur la fable que la dame grise avait dit qu'il fallait apprendre par coeur, c'était « la biche brame » … Sur le mur de la salle à manger de la maison, il y avait un tapis qui représentait des biches et des cerfs autour d'un point d'eau, Yaya a toujours aimé la quiétude et la joliesse de ce tableau; aussi elle le regardait en rêvassant, le cahier ouvert sur la table, lorsque la clef tourna dans la serrure, et oh!

« Papa! ».... « papa! S'exclama Yaya ...

 

« Bonjour ma fifille, bonjour ma Yaya, viens donne-moi bisou ma « héloiti » habibiti, lourhi inta, » dit son papa.

Héloiti signifie petite sucrerie ou petite jolie selon accent tonique, lol ! Habibti = petite chérie! Lourhi inta benti= toi ma fille bien aimée

Yaya se jeta dans les bras de son père qui posa son sac de travail et la souleva et la serra dans ses bras; puis il embrassa son épouse et les enfants, entrepris de se déchausser pour mettre ses pantoufles, c'était un rituel et Yaha mettait un point d'honneur à lui apporter elle ses pantoufles!

Ce faisant, elle sentit le regard bienveillant de son cher père posé sur elle, et elle prit soin de baisser les yeux : il n'en fallut pas plus pour alarmer l'homme, qui prit le temps de s'installer confortablement, de boire la tasse de « shy » bien chaud, thé rouge oriental et Yaha gardait le nez plongé sur son livre de français... mais rien à faire, aucune phrase de la jolie poésie ne rentrait dans sa mémoire, rien à faire. Au bout d'un moment, le père entreprit d'interroger Yaya sur sa poésie, pour voir la progression de l'étude, et il fût surpris de voir que sa fille n'avait pas retenu la moindre ligne, rien hormis le titre «  la biche brame »... 

« Mais cette poésie est courte, jolie et facile aussi ma fille, que se passe-t-il ? Pourquoi tu ne la retiens pas ? Toi, en la lisant dix fois tu peux la connaître par coeur, alors, pourquoi ? »

« Papa, je ne sais pas, j'essaie mais je n'y arrive pas... »

Le père de Yaya fronça les sourcils et posa ses yeux verts émeraude sur sa fille:

« Viens t'asseoir là Yaya, viens t'asseoir fifille et parle-moi ... »

« Oui, papa ... »

« Tu sais bien ma héloiti, voilà presque un mois que l'école a commencé, il va bientôt y avoir les compositions, tu n'as jamais de devoirs, cette poésie c'est la première leçon que je te vois apprendre, tu me dis que les cahiers doivent rester en classe … Tu es sûre que tu n'oublies rien ma Yaha ? »

« Non, papa, rien... »

Mais ce disant, Yaya se mit à rougir et ses yeux amandes à virer au jaune, signes de grande émotion chez sa fille et qui ne trompaient pas le père attentif et bienveillant...

« Ecoute ma fille, tu as chnagé : tu ne joues plus avec tes frères et soeurs, tu ne regardes plus la télévision, la nuit souvent tu nous réveilles sans nous expliquer pourquoi et là, tu es rouge, trop rouge, donc tu as un problème ma fille et si tu as un problème j'en ai un moi-aussi ... »

Yaya gardait tête baissée, luttant pour ne pas éclater en sanglots, en vain : des larmes grosses comme des perles tombaient de ses yeux sur les mains de son père, puis des sanglots la secouèrent; aussitôt sa mère accouru ainsi que ses frères et soeurs : Yaya, Yaha la terrible, Yaya la diablesse qui riait de tout et n'avait peur de rien, Yaha pleurait !!! Et quels pleurs : ils étaient comme ceux de la biche qui bramait au clair de lune : à fendre l'âme ... 

Le père de Yaya, sa chère maman si douce, ses frères et soeurs l'entourèrent, silencieux et peinés pour elle; puis son père la prit dans ses bras, la fit asseoir sur ses genoux cependant que sa maman lui caressait la tête avec des mots d'apaisement :

«  Chut, chut Yaya, pleure si tu veux mais doucement, tu as tout le temps, pleure ma fille vide ce chagrin inconnu, nous sommes là, prés de toi et avec toi... »

«  Chou fi héloiti inti, chou ma bé sir hayati elbi inti, bass hakili ? Hakili chou fi Yaya ? »Qu'y a-t-l ma jolie a moi, qu'est ce qui ne va pas ma vie mon tit coeur, dis-moi juste, parle -moi Yaya ? »

« Béyi, fi chitan al'madrassi! Fi chitan razebni kitir koulioum, bé kafé hék, bé kafé, abaka n'lour al madrassi mara tani! Abaden! » « Papa, il y a un diable à l'école! Il y a un diable qui m'embête trop chaque jour, çà suffit comme çà, çà suffit, je ne retournerais pas à l'école une seule foi! Jamais! »

Les parents de Yaya se regardèrent, inquiets et interloqués; mais il ne dire mot, il laissèrent leur fille parler à mots décousus au milieu de ses sanglots qui de colère devinrent sanglots de désespoir.

Le père de Yaya se leva, alla à la fenêtre et regarda en direction de l'école, les yeux plissés comme s'il regardait à travers des jumelles, sa mâchoire se contractait malgré lui et il croisa ses bras, les poings serrés, signe de grande contrariété et de colère explosive … 

Yaya se calmait tout contre sa chère maman, elle hoquetait d'avoir tant pleuré et le regard navré mouillé de larmes de ses petites soeurs la navra mais aussi la firent réagir; elle se leva alla contre son papa et lui demanda s'ils pouvaient sortir un peu tout les deux, comme il le faisaient souvent le dimanche : la maman de Yaya disait toujours à son époux d'emmener sa fille avec lui pour que le calme règne à la maison! C'est ainsi que la petite fille se réjouissait d'avoir son papa à elle toute seule bien souvent le dimanche et ils allaient ainsi rendre visite aux amis et anciens compagnons d'armes de papa, ceux qui avaient fait entre autre l'affreuse guerre d'Indochine... Yaya les connaissait tous, ces hommes fiers de leur carrière militaire, eux qui avait quitté leur Syrie natale pour s'engager à peine ados dans l'armée du Général De Gaulle, parti en terre d'Orient recruter des soldats qui furent même présent pour la libération de Paris; mais ceci est aussi une autre histoire!

Yaya donc demanda à son papa de sortir et il acqui2sta; il se rechaussa, prit les clefs de sa belle Simca aronde bleue, puis il partirent ensemble,

La voiture aux sièges recouvert de cuir roulait doucement et tous deux étaient silencieux; ils roulèrent ainsi jusqu'au bord de la mer, ou le père gara la voiture le long de la plage, désertée en cette saison sauf par quelques pêcheurs ou des promeneurs avec leur chien.

Yaya et son père s'assirent sur un muret qui bordait la plage, face à la mer; et alors, doucement, posément, Yaya se mit à lui raconter son calvaire, l'affreuse dame grise, son travail scolaire qui n'était jamais corrigé, qu'elle devait faire pendant les récréations, les brimades subies chaque jour à une cadence telle que même ses camarades finirent par trouver la chose normale et ne s'en émouvaient même plus ni dans un sens ni dans l'autre : plus de rires moqueurs ou nerveux, plus de visages compatissants, rien, tout était normal à force!

A mesure que Yaya parlait, semblant exorciser ses frayeurs, le visage de son père se renfermait, ses traits se crispaient et ses grands yeux verts devinrent deux traits sous ses sourcils froncés; il tenait sa fille par les épaules tout contre lui et Yaya rassurée parlait, parlait, parlait; on aurait dit que les vagues emportaient ses paroles tout comme elles emportaient cet affreux vécu au loin, loin, loin ...

 

Le père et la fille restèrent silencieux, face à la mer, les pressions de la main que son papa faisait sur ses épaules étaient bien plus que des mots et rassuraient Yaya qui avait l'impression de s'être débarrassée d'un trop lourd fardeau, elle avait l'impression de respirer mieux et cette espèce d'angoisse qui la tenaillait sourdement depuis tant de jours semblait aussi s'être assoupie.

Le retour à la maison se fit silencieusement, avant de rentrer dans la voiture, le père regarda sa fille bien dans les yeux, et lui dit simplement :

«  Mat rhafich, ralass, had mouchaker oufa, sadini : oufa !! »«  N'ai pas peur, assez, ce problème est terminé, crois-moi : terminé! »

Yaya assimila et le regard et les mots de son père, elle esquissa un sourire grave et s'engouffra dans la belle Simca bleue.

La douce maman de Yaya avait préparé une soupe de lentilles bien chaude, un plat que la fillette aimait beaucoup.

Le père de Yaya ne se mit pas à table, il sortit.

Yaya ignore ou il allait, elle n'a jamais su : il est des questions qu'elle ne pose pas quand elle sait qu'elle n'aura pas la réponse, simplement parce-que c'était l'affaire des grands, des parents.

L'homme revient deux heures plus tard, Yaya était dans son lit, la petite veilleuse vaillamment allumée, mais lorsqu'elle entendit la voix calme et ferme de son père, elle s'endormit, apaisée, ne cherchant pas même à comprendre ce qu'il disait à son épouse : elle avait sommeil, enfin sommeil !

 

Yaya ne se souvient pas de tout ce qui se passa ensuite, elle se rappelle que le matin, son père n'est pas allé travailler, et elle-même n'est pas allée à l'école; elle se souvient que sa maman lui a préparé du pain chaud et recommandé de rester au repos, elle lui dit aussi que son père lui rappelait d'apprendre sa poésie … Yaya mangea le pain chaud, puis elle s'assit en tailleur sur le canapé et étudia sa poésie, ce qui ne l'empêcha pas de voir sa maman aller souvent vers la fenêtre et regarder l'école là, juste en face, pas un signe ne trahissait ses pensées, son visage fin et régulier, et son si joli visage de métisse restait impassible et curieusement serein …

 

Le père rentra en milieu de matinée, et il dit à sa fille :

« Tu ne vas pas à l'école, et tu ne sors pas jouer dehors non plus, ce soir je rentrerais plus tôt ma fille, je te dirai alors … Tu as bien compris ma héloiti ? Reste avec maman, et apprends bien ta poésie, je sais que tu peux : il n'y aura plus de « chitan » dans l'école, crois-moi ma fille, c'est terminé. »

« Oui, papa … oui … Merci papa. »

«  A ce soir ma fille, repose-toi auprés de maman. »

Le père embrassa sa fille, embrassa son épouse et le bébé, et il partit avec son sac pour son travail.

La journée passa lentement, et Yaya bien que rassurée et apaisée d'avoir parlé à ses parents, Yaya sentait une douleur diffuse et furtive dans son ventre...

« Maman, j'ai mal au ventre je crois... »

« Mal au ventre ? Tu crois? Si tu n'es pas sûre ma fille c'est que tu n'as pas vraiment mal. »

Yaya fit la moue, réfléchit, toucha son ventre et se dit que sa maman devait avoir raison, ce qu'elle ressentait ne devait pas être vrai puisqu'elle n'était sûre de rien! Peut-être se disait-elle, peut-être que c'est la frayeur qui descend dans mon ventre et alors ce n'est pas un vrai mal !

Le soir approchait... vers 17h, le papa de la fillette rentra; il posa son sac, bu sont thé « shy », mais ne se déchaussa pas; puis, une demie heure plus tard il dit à Yaya qu'elle allait l'accompagner à l'école, que tout deux devaient rencontrer madame Gérard; Yaya ne fût pas étonnée outre mesure, mais le mal de ventre traversa son corps comme une vague chaude elle avait l'impression de se contracter de tous ses muscles...

 

Yaya descendit les escalier sans avoir l'impression de les toucher, puis quand il sortirent de l'immeuble, son père lui prit la main et la garda dans la sienne, serrée et ferme; ils se dirigèrent tous deux vers l'école, il fallait juste contourner le bâtiment et passer sous un immense marronnier pour se retrouver face au portail de l'école.

Papa n'eut pas besoin de faire tinter la cloche, monsieur le directeur, un homme affable et imposant, avec un regard inquisiteur mais direct et neutre semblait nous attendre; il serra la main de mon père, lui désigna la classe de madame Gérard et dit :

« Madame Gérard vous attend, j'ai eu avec elle l'entretien que j'ai promis d'avoir Monsieur Larkel, à présent à vous; je me tiens présent dans ma classe si nécessaire … Bonjour Yaya, ne t'inquiète pas, suis ton papa, va... »

Monsieur le Directeur nous suivit du regard avant de s'en retourner dans sa classe, et subitement tel un démon, la dame grise s'encadra dans la porte, une espèce de sourire-grimace étirait à peine ses minces lèvres sèches :

« Monsieur Larquel ... » dit-elle en tendant une main maladroite vers le père

« Madame, je vous en prie, gardez-votre main! »

«  Mais ... »

« Mais rien, Madame, j'ai juste une question à vous posez, là, tout de suite : que diriez-vous Madame, si j'ôtais votre culotte et la mettais sur votre tête, hein ? Que pensez-vous de cette idée ?

Je peux faire çà vite fait, personne pour intervenir ou m'en empêcher, vous n'auriez même pas le temps de réaliser ce qui se passe!!! Alors, Madame, qu'en pensez-vous ? Répondez!! Mais répondez !!! »

La dame grise ouvrait et fermait la bouche, le regard fuyant, fouillant la cour déserte, elle se tordait les mains et balbutiait:

« Mais … Mais monsieur ??? Mais... »

« Mais quoi ? Vous êtes étonnée Madame ? Vous êtes surprise de me voir ?

Vous n'êtes pas prévenue ? Vous ne savez pas pourquoi je suis là avec Yaya ? Je vais vous expliquer alors Madame! »

 

S'ensuivirent les éclats de fureur du père de Yaya, l'homme ne criait pas, non, il ne criait pas, mais sa voix était forte,ferme, menaçante, inquiétante, elle avait des intonations de certitude, de promesses, de … menaces; et la fillette l'entendait, elle entendait sa voix mais ne savait plus trop ce qu'il disait, elle regardait juste le visage misérable et à présent veule et effaré de la dame grise, et le père qui continuait de laisser éclater sa colère, son ressentiment ô combien légitime, il restait digne, mais furieux ...Il promettait à la dame grise de venir à la trouver à chaque pleur de sa fille, il promettait de la traîner en justice, il promettait que jamais elle ne pourrait à nouveau lever la main sur sa fille ou la brimer, et à chacune de ses promesses, la dame grise hochait la tête, livide, grimaçante comme jamais, liquéfiée de peur à son tour !

 

Yaya regardait la scène, elle se concentrait sur les réactions de la dame grise, elle savait bien Yaya que son père ne ferait pas violence à la dame grise mais elle était secrètement contente et soulagée de voir que celle-ci par contre avait très peur, contente de voir que son père dominait le démon et que le démon se ratatinait pour n'être plus que jérémiades de désolation … Bien fait pour cette affreuse maîtresse sans coeur se disait Yaya sans une once de pitié pour cette femme.


Le père de la fillette semblait s'apaiser à mesure qu'il sentait que madame Gérard comprenait bien le message et que celui-ci était définitivement compris … Monsieur le directeur vint alors les rejoindre, il nous proposa de le suivre dans sa classe tout en prenant congé de madame Gérard pas du tout remise de ses émotions! La dame partit, voutée avec une démarche hésitante.


Le directeur questionna alors la fillette sur les agissements de la maîtresse envers elle et ce faisant il prenait des notes en posant des regards graves et navrés sur l'enfant; puis il se leva, assura le père de la fillette de l'attention particulière qu'il porterait à sa fille; il recommanda à celle-ci de ne pas hésiter à venir le trouver en cas de besoin, et assura qu'il garderait un oeil vigilant sur Madame Gérard. Le directeur demanda à la fillette d'attendre dehors, et au bout de quelques minutes son père et lui la rejoignèrent.

Les deux hommes se serrèrent la main fermement, dans un regard clair et direct .

Le père prit sa fille par la main, et ils allèrent vers la sortie de l'école, accompagnés du directeur qui les salua une dernière fois avant de refermer le portail doucement.

Yaya n'avait plus peur, elle n'appréhendait même pas son retour à l'école et dans sa classe le lendemain, Yaya n'avait plus peur : son père savait, son père veillait, tout irait forcément bien à l'avenir.

 

Une fois rentrés à la maison, Yaya crut avoir encore mal au ventre, elle le crut sans en être sûre, elle craignait de se tromper, aussi elle ne dit rien.

Le lendemain, elle se rendit à l'école, en classe, et madame Gérard était là et la regardait avec un drôle d'air de surprise, un air interrogatif et quelque peu incrédule, mais elle ne s'adressa pas à l'enfant, ni ne poussa ses fameux « laquelle » qui la faisaient tant jubiler : la dame grises semblait différente, beaucoup moins haineuse et toujours aussi intriguée. Yaya ne sût jamais pourquoi... La fillette eût le droit de tremper son éponge dans l'ardoise, elle pouvait porter son cahier au bureau pour les corrections et ô surprise elle eût même droit à des tampons de frises à colorier en marge de ses notes! La prudence voulait que le fillette reste sur ses gardes et ne jubile pas : sait-on jamais!

Certaines de ses camarades de classe commencèrent à lui parler et même à la faire jouer avec elles à la ronde du fromage battu … Yaya reprenait goût à la vie, simplement, tout allait tellement mieux, même la veilleuse restait parfois éteinte la nuit.

La fillette n'osait toujours pas se plaindre de son mal de ventre qui la torturait de plus en plus, elle serait les dents et résistait, jusqu'à ce fameux jeudi où elle ne put se lever de son lit. Sa maman vint la voir et la questionner:

«  Maman, oh, maman, mamourette, je suis sûre d'avoir mal au ventre, j'en suis sûre maman et j'ai bien trop mal, trop trop mal, ô maman, j' ai si mal ... »

 

La maman de Yaya partit chez la doctoresse, madame Jacqueline, dont le cabinet médical se situait dans l'immeuble voisin, et la doctoresse rendit visite à Yaha dans l'aprés-midi; elle examina la fillette, lui posa des questions, l'ausculta encore une fois puis elle dit à la maman que ce n'était rien, que la fillette avait dû abuser de nourriture, simplement. Elle laissa une ordonnance, se fit payer et partit aussi rapidement que ce qu'elle était venue. La doctoresse était une petite dame mince et élégante qui sentait bon et souriait tout le temps, mais elle avait une voix haut perché et ne semblait jamais écouter quand on lui parlait tant elle s'écoutait elle-même sans doute!

Le grave soucis, c'est que les douleurs de Yaya étaient de plus en plus violentes, si violentes qu'elle restait recroquevillée sur son lit, exangue.

 

Par chance c'était l'heure à laquelle rentrait le père de Yaya, son épouse guettait son arrivée par la fenêtre d'une chambre, il voyait bien que malgré l'avis de la doctoresse sa fille n'allait pas bien …

Le père rentra, sa femme aussitôt lui exposa la situation, alors l'homme s'approcha de sa fille et comprit immédiatement qu'elle n'allait pas bien du tout; il ressortit en courant, demandant à sa femme de ne pas laisser la fillette seule, et il revient très rapidement flanqué d'un médecin inconnu, très grand de taille, à l'air aussi doux qu'austère; il examina rapidement Yaya sous le regard inquiet de ses parents, puis très vite il demanda une couverture, l'enroula autour de l'enfant tout en expliquant qu'il fallait immédiatement l'hospitaliser, il demanda au père de Yaya de le suivre et ils partirent tout trois très vite, le père, la fillette dans ses bras et le médecin; le père déposa sa fille sur la banquette de la voiture du médecin et les suivit avec la sienne.

Yaya se retrouva dans une clinique du luxueux quartier du Prado-Michelet, et plein de gens en blouse blanche s'affairèrent autour d'elle, ensuite elle ne se rappelle de rien, si ce n'est son réveil dans une chambre et cet intense mal au ventre qui avait enfin disparu!

C'était une appendicite qui dégénérait en péritonite : la fillette l' échappée belle !

Son séjour en clinique dura plusieurs jours, quinze ou plus, ensuite ce fût les vacances de Noël, Yaya manqua plusieurs jours d'école.

C'est à cette période là que ses parents décidèrent de déménager, ils quittèrent la location de l'appartement coquet de La Pauline, dans le 9éme arrondissement de Marseille, pour s'installer dans une jolie villa entourée d'un jardin et qui jouxtait un champ, au quartier de La Pomme, quartier moins huppé que celui de La Pauline mais ô combien plus chaleureux et humain : normal, c'était un quartier dans le 11ème , un quartier ouvrier et paysan, ou il a fait si bon vivre et oublier la seule tâche de son enfance, l'affreuse madame Gérard !

                                       FIN !
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mon amie la Rose

18/10/2010 23:52 par cristalinette13



Brûlage d'automne ...

18/10/2010 13:50 par cristalinette13

  • Brûlage d'automne ...

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